Voyage humanitaire dans la ville des casbahs: arrivée à l’hôpital (1/4)
Afrique — par Tatiana Nikolaeva le 15 juillet 2009 à 13:25Il y a encore quelques mois, l’évocation de l’humanitaire faisait voyager mon imagination jusqu’aux pays de l’Afrique Noire, de l’Amérique latine ou de l’Asie où les médias montraient régulièrement les ravages des épidémies et les difficultés d’accès aux soins. Cependant, j’ai appris, à travers ma propre expérience, qu’il suffit de traverser la Méditerranée et de regarder chez nos voisins pour s’apercevoir à quel point nous sommes inégaux devant le droit universel qui est « d’être en bonne santé ».
Je suis étudiante infirmière. Depuis le début de mes études je souhaitais me confronter à d’autres modèles d’organisation du système sanitaire, apprendre des pratiques et des techniques venues « d’ailleurs ». Cette chance m’a été donnée par une association française qui s’efforce à développer des centres de soins dans les villages berbères autour de la ville marocaine d’Ouarzazate. Les sociétaires faisant partie du projet avaient invité les étudiants de ma promotion à réaliser un voyage humanitaire afin de prendre conscience des difficultés sanitaires existantes dans ce pays. C’est ainsi qu’au mois d’octobre 2008, je suis partie en compagnie de treize collègues de mon école, à la rencontre du Maroc.
Nous sommes arrivés avec un programme prédéfini. Les trois premières semaines étaient réservées au stage à l’hôpital de la ville. Ce qui nous laissait quelques jours à la fin du voyage pour découvrir les centres de soins des villages berbères environnants.
Le premier contact avec l’hôpital m’a agréablement étonné. Ce grand bâtiment clair, plein pied, ressemblait davantage à une villa de la côte d’Azur qu’à un établissement hospitalier. Devant, à l‘emplacement habituel du parking en France, se trouvait une cour encadrée par des arbres et la verdure. Une foule disparate composée de patients et leur famille, de membres des équipes soignantes, d’élèves infirmiers, assis ou debout, était en train de discuter ou de rire. Il n’y avait nulle trace de précipitation, pas de VSL1 (qui n’existent pas dans la ville) ni d’ambulances (la ville de plus de 50 000 habitants n’en dispose que de deux) faisant des allers-retours incessants. Je me rappelle m’être dit que le personnel avait de la chance de travailler dans un tel lieu. J’ai revu mon opinion plus tard.
L’accueil des responsables a été plutôt chaleureux. Nous avons été confiés à un infirmier qui allait nous encadrer durant toute la période du stage. Bien que la plupart des infirmières et étudiantes cachaient leurs cheveux sous un foulard, rien n’a été demandé aux treize filles de mon groupe. L’hôpital proposait de nombreux services: urgences, réanimation, maternité, chirurgie, bloc opératoire, médecine hommes et femmes (séparés). Deux autres bâtiments étaient occupés par le centre transfusionnel réservé à l’hémodialyse des insuffisants rénaux et le centre des enfants abandonnés2. Ce qui m’a frappée en premier, habituée au confort des hôpitaux français comme je le suis, c’était le manque d’intimité pour les patients. Dans les chambres, il y avait parfois six voire huit lits, sans cloisons ni rideaux quelconques. Quelquefois, l’entrée de la pièce était dépourvue de porte et je voyais les malades couchés sur des lits en fer, avec un minimum de literie ou à même le matelas.
Un autre détail qui a attiré mon attention était l’absence de dispositifs médicaux externes. J’entends par là : perfusions, sondes vésicales, drains etc. En France, rares sont les services où l‘on n’en rencontre pas. Même dans les maisons de retraite, les résidents ont régulièrement besoin d‘un traitement intraveineux ou sous-cutané. Mais dans cet hôpital je ne voyais rien. L’explication m’est apparue lors de la visite de la pharmacie. C’était une pièce d’une vingtaine de mètres carrés où était déposé tout le matériel de l’hôpital. L’infirmier responsable de notre encadrement nous a alors dit à quel point il était fier d’une telle diversité de produits. Quant à moi, je pense avoir été rarement aussi mal-à-l’aise. J’ai repensé à ce moment-là, au service où j’avais été en stage quelques mois auparavant et qui disposait d’un stock de matériel presque aussi important à lui tout seul.
Rendez-vous mercredi prochain pour la deuxième partie…
1 VSL: véhicule sanitaire léger réservé au transport des malades assis.
2 La construction des deux centres a été financée par Jamel Debbouze. L’existence même du centre pour les enfants abandonnés montre l’évolution des mentalités au Maroc. Il y a encore quelques années ces enfants, souvent des mères célibataires, étaient cachés aux yeux de la société. Aujourd’hui, grâce à l‘adoption ils peuvent trouver une nouvelle famille.
Photo : nompourflickr / FlickR – Licence Creative Commons
Avertissement
Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement les vues ou opinions de l'association Amphis d'@illeurs.


Tweet This
Digg This
Save to delicious
Stumble it