Voyage humanitaire dans la ville des casbahs: soigner les malades (2/4)

Afrique — par Tatiana Nikolaeva le 22 juillet 2009 à 15:00

Nous avons ensuite été conduits à nos services respectifs. Pour ma part, j’allais passer successivement une semaine en réanimation, une autre aux urgences et enfin terminer par le bloc opératoire. Dans chacun de ces services j’ai pu observer les problèmes sanitaires quotidiens auxquels doivent faire face le personnel et les patients.

Ainsi, la Sécurité Sociale marocaine diffère de la française. Beaucoup de malades à doivent supporter seuls les dépenses liées à la santé. Quels que soient les soins de base (prise de sang, injection etc.), c’est au patient de fournir les médicaments et le matériel nécessaires; tout le matériel, même les seringues et les tubes pour réaliser les prélèvements sanguins1. L’examen n’est pas réalisé tant que la personne n’a pas fourni ce dont le médecin ou les infirmiers ont besoin. Il arrive que l’hôpital délivre gratuitement le matériel aux patients particulièrement démunis. Mais encore faut-il que l’établissement en dispose.

Le manque de médicaments est également devenu plus flagrant au fur et à mesure que les jours passaient. Les produits médicamenteux que l’on trouve  dans la plupart de foyers français (paracétamol, aspirine, antiseptiques, pansements…) faisaient défaut même dans les services les plus aigus, tels que les urgences. Le cas d’un petit garçon qui ne devait pas avoir plus de 10 ans reste encore présent dans ma mémoire. Il était arrivé aux urgences pour des brûlures au second degré. Toute la peau de son torse et de ses bras partait en lambeaux. L’infirmier qui le prenait en charge devait enlever tout cet épiderme avant de pouvoir mettre les pansements. Pendant plus d’une demi heure, le temps du soin, le garçon gémissait de douleur. Il n’avait eu aucun traitement pour le soulager parce que les quatre ou cinq flacons de paracétamol dont disposaient les urgences étaient précieusement gardés pour des cas encore plus graves que celui-ci.

Durant ces trois semaines, le travail effectué par le personnel médical et paramédical s‘est révélé comme étant non seulement difficile mais également dangereux. En effet, les professionnels ne sont presque pas protégés contre les  risques d’accidents d’exposition au sang et à d’autres liquides biologiques. Par exemple, les infirmiers de réanimation disposent d’une seule paire de gants pour tout le poste, qu’ils lavent à la lessive entre les malades. Les déchets coupants et tranchants tels que les bistouris dans les blocs opératoires sont soit directement éliminés dans les poubelles soit mis dans des flacons en verre d’où ils sont ensuite sortis à mains nues pour être jetés2. Il faut également préciser que les déchets hospitaliers sont mélangés aux poubelles de la ville sans traitement particulier. Or le Maroc n’est pas épargné par le virus du SIDA ni d’autres maladies transmissibles par le sang.

Rendez-vous mercredi prochain pour la troisième partie…

1 A la différence de la France, les prises de sang à Ouarzazate se font avec de simples seringues et non avec le système Vacutainer® qu’on peut observer dans n’importe quel laboratoire d’analyse.
2 En France, une législation stricte encadre l’élimination des déchets hospitaliers. Tous les objets tranchants, coupants, piquants doivent être éliminés dans des containers spéciaux prévus à cet effet.

Photo : nompourflickr / FlickR – Licence Creative Commons

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