Istanbul, les stambouliotes, la mer
Europe, Proche & Moyen-Orient — par Camille Longépé le 26 juillet 2009 à 11:00Istanbul, c’est un nom qui enivre, qu’on aime à se répéter pour invoquer les légendes passées. Celle de son nom par exemple : on raconte que lorsque le Sultan Mehmet le Conquérant s’avançait vers Constantinople avec ses troupes, alors qu’il demandait aux paysans terrifiés jusqu’où menait cette route, ceux-ci répondaient « Eis tên polin» , « à la ville» .
Mais le mystère d’Istanbul, ville des villes, ne réside pas uniquement dans son histoire, si riche soit-elle. C’est au présent qu’il faut chercher les trésors de la Sublime Porte, et c’est ce que je m’échine à faire depuis quelques jours, arpentant sans fin les rues byzantines. Son mystère s’avère ardu à percer, mais je ne désespère pas ; déjà, je commence à entrevoir une partie du kaléidoscope stambouliote.
Une de ses facettes se résume à un mot unique : deniz, la mer. Le cœur d’Istanbul est divisé en trois parties : la Corne d’Or sépare le vieux Stamboul des quartiers européens de Galata, Péra et Taxim. Le Bosphore, lui, isole la rive asiatique d’Usküdar et de Kadiköy de tout contact avec l’Europe, si ce n’est celui de deux immenses ponts suspendus. Ainsi, pour passer de rive en rive, le stambouliote emprunte des ferries, qui, à vive allure, se frayent un chemin entre les barques des pêcheurs et les immenses cargos en route vers la Karadeniz, la Mer Noire.
De fait, ici, on prend le bateau comme à Paris on prend le métro. Sitôt le ferry à quai, la foule se presse à bord pour tenter d’obtenir les meilleures places, sur le pont supérieur, à l’arrière. Une fois le bateau en marche, les uns discutent, les autres téléphonent ou bien lisent le journal. Rares sont ceux qui, comme la néophyte que je suis, prennent encore plaisir à admirer les palais des sultans se faisant face sur les rives et à observer l’eau magique du Bosphore filer sous nos pieds entre Moda et Karaköy.
Mais la mer ne se résume pas aux traversées. Si on y regarde bien, elle est partout. Elle est dans l’odeur du poisson grillé qui embaume dès le petit matin les quais d’Istanbul ; elle est aussi dans les plateaux de moules portées à bout de bras par de petits vendeurs qui envahissent jusqu’aux portes de la Mosquée Bleue, lançant de vibrants appels que je ne saisis pas encore à l’adresse des touristes.
Le mot Deniz lui-même hante les rues. C’est aussi bien le nom du café du coin que celui d’une grand banque, en passant par un salon de coiffure à la mode.
Enfin, la mer, c’est aussi le bruit des sirènes des ferries qui rythment la vie stambouliote au même titre que le chant du muezzin. La mer vit dans l’indifférence, elle est pourtant omniprésente
Photo: Camille Longépé / Amphis d’@illeurs – Licence Creative Commons
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1 commentaire
Très joli texte…