Un moment russe (2/3)

Pékin Express — par Thomas Baïetto le 14 août 2009 à 08:00

Au moment où nous avions décidé de rejoindre la mer Baltique, à une dizaine de kilomètres du centre de Saint-Pétersbourg, nous étions loin de nous imaginer ce que nous allions vivre… Suite de la rencontre de Thomas et Etienne avec une famille russe.

Dans le désordre, les principaux sujets de notre conversation:

- les chanteurs: ils connaissent les Beatles, Aznavour, Mireille Mathieu, Patricia Kaas, Jean-Michel Jarre, Edith Piaf et Joe Dassin. Nous fredonnons Les Champs Elysées mais surtout Yesterday, véritable hymne de la soirée. A la demande d’Olga, Thomas entame Imagine puis se ravise devant leur regard sceptique: « I am a bad singer ! – Da !» . En revanche, à leur grand désespoir, nous sommes incapables de citer le moindre chanteur russe …

- Pouchkine. Olga nous en récite des vers.

- une localisation ou ils nous conseillent de nous rendre, qui, après 23 schémas, de nombreux quiproquos et de grandes explications, s’avérera être Krondstat, ville natale de Ievgueni.

- des personnages et des faits historiques: Napoléon et Koutousov (surtout quand Olga s’agace), Alexandre III dont l’existence d’un pont parisien à son nom les réjouie, et la Seconde Guerre mondiale. Ievgueni a les larmes aux yeux quand Etienne lui fait comprendre que son grand-père a combattu le même adversaire (» Fasciste !»  s’exclame Olga en mimant un coup de baïonnette)

- la famille. Thomas donne le nom de ses parents, frères et sœurs. Immense moment de gêne lorsqu’ils nous semblent qu’Olga lui propose, à plusieurs reprises, la main de sa petite fille, l’enjoignant à aller jouer avec elle, à lui courir après. Nous nous sentons même obligés de sortir l’appareil de Thomas pour lui montrer une photo de sa petite amie afin de justifier son refus.

- la Finlande que l’on aperçoit et que Ievgueni montre à Etienne.

- nos études. Au « Political Sciences»  de Thomas, ils ne comprennent que Sciences et nous parlent d’avions et de cosmonautes.

- l’école des petites, singulièrement appelée « Jacques-Yves Cousteau» . A l’issue de la « dégustation»  de vodka, nous irons même nous faire photographier en leur compagnie devant.

Au fil de la conversation, nous vivons plusieurs moments cocasses:

- Ivre, Ievgueni dégomme tout ce qui dépasse: le verre de jus de l’une des petites, la carafe de vodka vide qui tombe dans la soupe puis la carafe de vodka pleine, qui brise une assiette. Une scène d’anthologie se produit alors: sans s’alarmer plus que cela, il la pose dans l’herbe sous la table, demande aux petites de lui amener de l’herbe et la recouvre méthodiquement. La serveuse n’y verra que du feu.

- les sandales de la petite, que Ievgueni place sur ses oreilles pour nous faire rire

- les doigts du même Ievgueni amputés de quelques phalanges. Il s’amuse à les placer contre son nez pour amuser la galerie

- la morsure de Karinia. Pas farouche, elle s’emploie à mordre consciencieusement le bras de Thomas

- les pièces de la même petite. Elle nous offre des roubles et des kopeks. Nous lui donnons en échange les quelques euros qu’ils nous restent. Son grand-père, qui ne perd pas le nord, s’empare de la pièce de deux euros et nous remercie

- les stylos. Olga, tel un président français en visite officielle en Roumanie, admire, contemple, examine le stylo ESCP-EAP de Thomas. Elle finit par le placer dans son sac après avoir forcé notre approbation. En retour nous recevons un stylo…vide d’encre.

- le sel sur la robe. Le serveur en débarrassant renverse un potage local sur la robe de la grand-mère. Celui ci lui apporte du sel. N’écoutant que son courage – ou plutôt la vodka absorbée jusque la – Thomas vole a son secours et l’aide a saler sa robe.

- Thomas, encore lui !, se fait passer pour un devin auprès de la famille en trouvant du premier coup leur âge. Précisons juste que Ievgueni avait donne le sien quelques minutes auparavant.

- « Good boy, I’m glad» . La phrase du jour, prononcée jusqu’a plus soif (quoique…) par le joyeux grand-père, ponctuée de grandes poignées de main ou d’accolades envers nous.

Thomas Baïetto & Etienne

Photo: Thomas Baïetto pour Amphis d’@illeurs – Licence Creative Commons

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