Les étudiants de Tomsk
Pékin Express — par Thomas Baïetto le 22 août 2009 à 21:05Ville de 500 000 habitants, Tomsk, première étape réellement sibérienne de notre voyage, est une charmante ville universitaire, aux belles maisons de bois plus ou moins conservées, qui s’étire sur les bords du fleuve Tom. Dans le train qui nous amenait depuis Moscou se trouvaient 2 jeunes Vietnamiens qui y étudiaient, chose plutôt surprenante. Nous avons sympathisé avec eux et ils nous ont petit à petit expliqué leur parcours, en russe, langue qu’ils ne parlaient pas du tout en débarquant ici quelques années plus tôt. Etant donné qu’à Tomsk, la température moyenne est de -1,3 degrés et que la neige est présente 8 mois de l’année, la prouesse accomplie laisse rêveur. De quoi relativiser mon angoisse de débarquer à Pékin en bredouillant quelques mots de chinois. Après quelques parties d’échecs et une carte postale de Paris, les numéros de téléphone étaient échangés et nous convenions d’un rendez-vous à Tomsk le soir même.
Ce soir-là, Khanh, celui avec qui nous avions le plus parlé, est fidèle au rendez-vous. Il a imprimé pour nous les pages Wikipedia en anglais sur Tomsk (source des statistiques météo ci-dessus) et a également apporté toute une série de cartes postales sur la ville. La soirée est agréable, même si nous le sentons un peu gêné et mal à l’aise: malgré le fait qu’on l’invite, il refuse de boire ou de manger. Il nous propose néanmoins de nous revoir le lendemain, pour une excursion. Sur la nature de celle-ci, nous comprenons qu’elle a vaguement un rapport avec le Tom. Il ajoute également que l’une de ses amis anglophones sera présente, ainsi qu’un étudiant français.
Le lendemain, nous nous retrouvons comme convenu. L’ami anglophone, Cam, est là, ce qui facilite le dialogue. Nous remontons en bavardant la Lenina Prospekt (rue Lénine, passage quasi obligé de n’importe quelle ville russe). Elle nous explique qu’elle est à Tomsk depuis 8 ans, que l’importance de la communauté vietnamienne au sein de l’université s’explique par un accord d’échange (sans doute l’héritage d’un partenariat soviétique) et qu’il n’est pas facile de se lier d’amitié avec les jeunes Russes. Ainsi, lorsqu’elle a besoin d’un renseignement, elle préfère s’adresser aux personnes âgées. Cependant, elle affirme que Tomsk est une ville facile à vivre pour les Vietnamiens, plus facile que ne le sont Saint-Pétersbourg et Moscou, où il y a des agressions et des meurtres xénophobes. Nous finissons par arriver sur les bords du Tom, où nous décidons de nous arrêter pour boire un verre. Il est 15h45 et le petit ami de Cam doit nous rejoindre à 16h. Et là, grosse incompréhension ! Alors que nous sirotions tranquillement nos verres, il nous faut repartir au pas de course pour grimper dans un bateau sur le départ – un bateau ? Il n’en avait jamais été question jusque là – où nous attend son petit ami.
Nous comprenons alors qu’il s’agit d’un petit tour sur le Tom, organisé pour les étudiants étrangers de l’Université. Tout en profitant du paysage, nous faisons de nombreuses connaissances sur le pont. Etienne se met à discuter avec un petit groupe d’étudiants chinois. Ils sont ravis de rencontrer quelqu’un qui parle leur langue – Etienne – et quelqu’un qui ne la parle presque pas mais qui s’apprête à passer un an en Chine pour l’apprendre – moi -. C’est une rencontre intéressante puisqu’elle vient compléter l’image classique de l’étudiant chinois qui étudie aux Etats-unis ou en Europe. A priori, comme leurs camarades vietnamiens, ils ne sont pas là par choix : le niveau de l’université de Tomsk doit être meilleur que celui de leur université d’origine et ils n’ont pas eu la possibilité de partir aux Etats-Unis ou en Europe.
Sur ce bateau, nous rencontrons le fameux Français dont nous parlait Khanh. Il étudie dans une école d’ingénieur en France et fait sa mobilité à l’étranger en Russie, un mois à Krasnoiarsk puis un mois à Tomsk. Il parlait un peu le russe et était attiré par ce pays. Il a demandé des stages d’abord à l’Ouest, Moscou et Saint-Pétersbourg, sans succès, puis à l’est. Nous sommes dans un premier temps heureux de rencontrer un compatriote mais nous déchantons vite. Outre un discours quelque peu méprisant et prétentieux sur les filles russes, c’est surtout son attitude vis-à-vis de nos amis asiatiques qui nous choque. Une fois évacué le critère physique d’un » J’aime pas leur physique» lapidaire, il poursuit pieds au plancher avec » Ils sont trop nombreux, c’est pas normal» . Provoquant – il sait qu’Etienne a passé un an en Chine et que je m’apprête a faire de même -, il conclut par un » là vous avez mis le pieds dans la fourmilière» lorsque nous descendons du bateau, accompagnés des étudiants vietnamiens et chinois. Contre toute attente, il nous suit lorsque nous décidons de visiter la résidence universitaire où logent nos amis. Nous grimpons au 8e étage – avec ascenseur – d’un immeuble anonyme pour nous retrouver dans de longs couloirs aux murs bleus, couloirs où sont situés leurs chambres. A 3 dans une vingtaine de m2, ce n’est pas le grand confort mais cela reste tout a fait convenable. Frigo, ordinateurs pour chacun des locataires, douches, toilettes et cuisines collectives, cela ressemble à la cité universitaire de Paris. Cependant, des cafards et autres petits insectes se baladent le long des murs. Alors que nous nous interdisons toute remarque sur la question, notre compatriote éclate de rire à la vue d’un cafard sur le frigo…
Nous passons ensuite la soirée en sa compagnie (sic) et nous ne nous privons pas de le contredire. Seul contre 4, il faut lui reconnaître le (seul) mérite d’avoir le courage de défendre ses opinions. Pour quelqu’un qui a fait la démarche de venir étudier si loin de chez lui et dans un lieu si original, nous nous attendions à quelqu’un d’ouvert. Inutile de dire que nous avons été plus que déçus !
Heureusement, notre dernier souvenir des étudiants de Tomsk n’est pas celui là puisque le lendemain, un texto en cyrillique est arrivé sur le portable de Sandra. C’était Khanh qui nous proposait de venir manger chez eux le soir même, juste avant de prendre notre train. Nous avons eu le droit à un repas incroyable. Assis en tailleur sur le sol, armés de baguettes, nous attaquions les plats débordant de délices maisons: de succulents nems, une salade vietnamienne, du porc grillé, une salade traditionnelle russe et des bières locales.
Quelques séances photos et échanges d’email plus tard, il nous fallait les quitter pour prendre notre train. Direction Krasnoiarsk, une ville que notre compatriote a adoré…
Photo : Aaron | Dan / Flickr – Licence Creative Commons
Tags: étudiants, Russie, Tomsk, université, VietnamAvertissement
Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement les vues ou opinions de l'association Amphis d'@illeurs.

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