Platskartny (1/2)
Pékin Express — par Thomas Baïetto le 2 septembre 2009 à 08:00Le trajet
Apres les somptueuses mises en bouche de St-Petersbourg et de Moscou, il était temps, en cette nuit du 4 août, de rentrer dans le vif du sujet et de monter à bord du Transsiberien. Le trajet: Moscou-Tomsk, 3500 km, 3 fuseaux horaires, 56 heures de train. De tout notre voyage, c’est le trajet le plus long. Nous voulions expérimenter la vie dans un train sur plusieurs jours, nous avions donc décidé de ne pas nous arreter en chemin et nous n’avons pas été déçu.
La Platskartny, 3e classe russe.
Platskartny. Sans doute le mot russe que je préfère. Ce qui n’est pas difficile me direz-vous, étant donne ma très faible connaissance de la langue de Pouchkine. Dans le vocabulaire de la « SNCF» russe, il correspond à la 3e classe, celle où les russes voyagent, les touristes préférant généralement la 2e, également appellée coupe, divisée en plusieurs compartiments. La platskartny quant à elle est un compartiment unique. 54 personnes vivent, le temps du trajet, dans un espace commun. Certes, on retrouve peu ou prou la disposition d’un compartiment coupe, avec 4 couchettes – 2 en bas, 2 en haut – regroupées ensembles, perpendiculaires aux murs du wagon. Mais aucun mur ne vient séparer ces couchettes du couloir. De l’autre cote de celui-ci, contre la fenetre, sont placées deux autres couchettes – 1 en bas, 1 en haut – parallèles au wagon. Nous sommes donc les uns sur les autres mais curieusement, l’habileté avec laquelle a été conçu le système – la couchette inférieure de la fenetre peut se plier et devenir une table avec deux sièges – et la gentillesse des autres passagers – les passagers de la couchette du haut, ce qui était mon cas, passent leur journée sur les couchettes du bas. Pour manger, il n’y a que 2 minuscules tables, que l’on s’échange – rendant l’expérience facile et agreable. De nombreux rangements – sous les couchettes inférieures se situent des coffres et au-dessus des couchettes supérieures, on trouve une étagère – permettant de caser sacs de voyage et provision. Ici, personne ne va au wagon restaurant, tout le monde vient avec ses provisions ou en achète aux arrêts. Les rangements supérieurs, que nous utilisions puisque qu’ils nous évitaient de virer les personnes des couchettes inférieures pour récupérer nos affaires, offrent l’occasion de mettre à l’épreuve ses capacités d’escalade.
Provodsina et Samovar
Les Provodina sont un veritable mythe ferroviaire en Russie. Ces hôtesses – les nôtres étaient des femmes mais il y a aussi de nombreux hommes – au nombre de deux par wagon – une pour le jour, l’autre pour la nuit – sont les indispensables femmes-a-tout-faire tout au long du voyage. Leurs differentes activités, dans le désordre:
- pendant que le train roule :
* s’assurer que le wagon et notamment les sanitaires restent propres
* s’assurer que le samovar fonctionne correctement. C’est le point strategique où tout le monde vient chercher l’eau chaude pour le thé ou les plats lyophilisés.
* remettre le tapis central en place et s’assurer qu’il ne soit pas encombré. L’une de nos hôtesses était particulièrement attachée à cela, ce qui nous a valu bon nombre de fou-rires lorsqu’elle dégommait, en gromellant dans sa barbe, nos chaussures, restées en vrac au milieu du couloir.
* distribuer draps et serviettes
* vendre du thé et d’autres friandises
- pendant que le train ne roule pas:
* ouvrir la porte. C’est un veritable cérémonial: d’abord, ouverture du battant puis essuyage de la poignée d’aide à la descente de droite, puis celle de gauche, puis descente du marche-pied.
* contrôler les billets à l’entrée
* verifier que ceux qui devaient descendre et ceux qui doivent remonter n’ont pas oublié de le faire
* verifier qu’aucune personne etrangere au train ne monte
* briquer consenscieusement l’ecriteau « Moscou- Tomsk» , placardé au flanc de chaque wagon.
Photo: Thomas Baïetto / Amphis d’@illeurs – Licence Creative Commons
Tags: Moscou, Platskartny, Tomsk, train, TranssibérienAvertissement
Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement les vues ou opinions de l'association Amphis d'@illeurs.

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