Yo tengo poder, yo voto : « J’ai le pouvoir, je vote»
Amérique Latine — par Marion Muscat le 4 octobre 2009 à 14:00Ce début septembre fut riche en évènements politiques au Chili: après les commémorations annuelles du coup d’Etat du 11 septembre, ces dernières semaines ont marqué le début de la campagne pour les élections présidentielles qui auront lieu début décembre, en même temps que les législatives.
Première date clé dans cette entrée dans la course pour la présidence, le 13 septembre. Depuis mon arrivée au Chili, cette date était placardée dans tout Santiago, et répétée par des vedettes du petit écran, dans le cadre de la campagne « Yo tengo poder, yo voto » (J’ai le pouvoir, je vote): inscris toi sur les listes électorales. En effet, la question de l’inscription sur ces listes est une bizarrerie du système chilien: L’inscription n’est ni obligatoire ni automatique, mais une fois inscrit, il est obligatoire, sous peine d’amende, de se rendre aux urnes pour toutes les élections suivantes. Ceci explique qu’un chilien sur quatre n’est pas inscrit. Parmi ces inscrits, les moins de 30 ans représentent à peine 10%. Ce sont eux la cible de cette grande campagne menée par le gouvernement de Michelle Bachelet, qui n’a malheureusement pas eut les effets escomptés. La nouvelle génération, ayant grandi après la dictature, ne perçoit pas le prix de la démocratie, et ne voit dans cette inscription qu’une démarche longue (tout le monde s’y étant pris le 13 dans l’après-midi), pénible et surtout inutile.
En effet, au delà des raisons pratiques et institutionnelles, la qualité de l’offre politique explique cette très faible mobilisation. Tous les chiliens vous expliqueront que le pouvoir est toujours aux mains des mêmes, en qui ils n’ont aucune confiance…En effet, un rapide coup d’œil à trois des principaux candidats à la présidentielle suffit pour observer ce phénomène d’oligarchie et de dynastie politique.
Marco Enriquez Ominami, en troisième position dans les sondages, est un ancien du parti socialiste. Le PS faisant partie de la concertation, « MEO », comme disent les jeunes, se présente comme candidat indépendant. Bien que donnant un coup de jeune à la politique chilienne, il ne fait pas moins parti de la « reproduction politique » chilienne: il est le fils de Marco Enriquez, fondateur du MIR, le fameux mouvement de la gauche révolutionnaire, et pour cela une des personnalités historiques les plus importantes de la gauche chilienne. Ominami, son père adoptif, est quant à lui sénateur pour le parti socialiste.
Eduardo Frei est le candidat de la Concertation, cette drôle de formation politique qui a toujours été au pouvoir depuis la fin de la dictature, et qui réunit le PS, la démocratie chrétienne, à laquelle il appartient, et deux autres partis de centre-gauche. Il a déjà été président entre 1994 et 2000, et son père, un autre Eduardo Frei, fut président du Chili de 1964 à 1970.
Sebastian Piñera est le candidat de la droite libérale, extrêmement conservatrice sur les sujets de société, mais ultra-libéral sur le plan économique. Contrairement à ses deux compétiteurs, la famille de Piñera n’a rien d’une dynastie politique, mais il vient d’une autre sorte d’élite, l’élite économique : président de la chaine principale du pays, Chilevision, actionnaire principal de LAN Chile, la compagnie aérienne nationale, il est devenu milliardaire en introduisant les cartes de crédit au Chili, à l’époque de la dictature.
Dernière date politique importante de ce mois de septembre, le premier débat télévisé, qui a eu lieu mercredi 23. Si personne ne semble en sortir gagnant, Piñera, jusque là le candidat de loin le mieux placé dans les sondages, s’est montré très nerveux pendant tout le débat, face aux références récurrentes de Frei à un rapport de l’ONG Transparency International mentionnant une probable implication de Piñera dans une affaire de délit d’initié. La défense de l’homme d’affaires s’est révélée peu convaincante, et son allocution finale, réponse à la question « Pourquoi voulez vous être président ? », plutôt drôle : après quelques tirades sur le thème, « Je pense avoir compris ce que le peuple chilien veut », il a ajouté « Je n’ai jamais été président, et je n’ai même jamais fait parti d’un gouvernement. Frei l’a déjà été, vous lui avez donné sa chance, donnez moi la mienne maintenant !», sur le ton d’un jeune enfant demandant quand va être son tour! Autres conclusions de ce débat selon les chiliens et la presse : Frei s’est comporté comme s’il était encore président, Enriquez-Ominami en rebelle romantique. Finalement, de l’avis général, c’est Arrate, le candidat communiste, qui a fait la meilleure impression, se montrant ferme, poli et rigoureux: Il passera sans doute de 1 à 2% d’intentions de vote …
Ce premier débat n’a changé que peu de choses dans les sondages : Piñera reste le plus probable futur occupant de la Moneda. Mais il reste deux mois et plusieurs grands débats avant le fameux scrutin. La suite, donc, au prochain épisode.
Photo : Campagne de publicité du gouvernement chilien
Tags: Chili, Eduardo Frei, elections présidentielles, listes électorales, Marco Enriquez Ominami, Michelle Bachelet, politique, Sebastian Piñera, voteAvertissement
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1 commentaire
Article très intéressant à lire. On parle si peu du Chili! Personnellement, le Chili actuel n’a jamais été évoqué durant mes cours à Pipo. Ah si, une fois peut-être en cours d’espagnol…
En tout cas, merci pour l’article. Tiens nous au courant du résultat de cette élection.