« Être communiste en Chine au XXIème siècle ? » – portraits de voyage 1/2
Asie — par César Castelain le 19 octobre 2009 à 10:02Un sujet d’exposé rue Saint Guillaume ? Non, une réalité de tous les jours en Chine. Après deux mois passés dans l’Empire du milieu, et les festivités grandioses (un brin staliniennes ?) et très encadrées du soixantième anniversaire de la fondation de la RPC, le moment semble venu de faire un premier point sur ces fameux communistes. Qui sont-ils ? Que font-ils ? Que veulent-ils ? Portraits de voyage.
Quelques chiffres
Ici le communisme, c’est une réalité de tous les jours que l’on vit, que l’on rencontre, et avec qui l’on discute, car le communisme c’est aussi des communistes. Pour ce qui est de leur nombre, c’est assez facile à savoir, puisque le Comité Central du PCC a la gentillesse de nous communiquer les chiffres régulièrement : 75,93 millions de membres fin 2008. De quoi faire tourner la tête à nos petits partis européens. Les chiffres de progression ont également de quoi nous faire rêver: 2,8 millions de nouveaux membres en 2008, dont plus de 80% ont moins de 35 ans ! De quoi assurer la pérennité du parti.
On nous a beaucoup parlé du 20ème anniversaire du massacre de Tiananmen ? Un chiffre laisse méditatif : en 1989, 1% des étudiants étaient membres du parti, en 2009 ils sont 8%…
Portrait d’un officiel communiste
Victor et moi arrivons mi-août en Chine. Nous avons de la chance, une amie chinoise habite Kunming, la capitale du Yunnan, où nous commençons notre périple par une virée en sac-à-dos. La mère de cette amie connaît une personne qui propose de nous accueillir quelques jours à Mengzi et nous faire visiter la région. Nous acceptons cette aubaine, et partons ensemble à Mengzi. Arrivés sur place, un jeune homme vêtu de Nike Sportwear, une jeune fille et sa mère nous accueillent à la gare routière. Nous changeons alors notre bus pour un confortable 4×4 Mitsubishi du meilleur goût, intérieur cuir, climatisé, avec écran vidéo et tout le tralala. Ce qu’on appelle communément en France un véhicule « de luxe ». Nos hôtes nous emmènent dans un sympathique 5-étoiles déposer nos affaires puis nous invitent à dîner dans un restaurant tout aussi huppé. Notre bienfaiteur arrive au milieu du repas. La cinquantaine, c’est le père de famille. Il est officiel communiste dans le gouvernement local. Un job bien payé et plein d’avantages. Le jeune homme est son chauffeur. S’ensuivent alors un nombre incalculable de toasts à l’honneur de l’amitié franco-chinoise, de la bonne entente de nos politiciens, de Sarko, de Hu, de la prospérité économique (un chouia capitaliste ?), de la réussite des jeunes gens…
Nous retrouvons nos hôtes le lendemain matin qui nous invitent à nouveau au restaurant pour le petit déjeuner. Notre hôte travaillant au gouvernement ce matin, nous nous régalons sans lui. Nous apprenons au cours du repas que notre bienfaiteur communiste a décidé de nous prêter pendant deux jours son 4×4 Mitsubishi (pas très communiste mais très confortable) pour voyager, ainsi que le chauffeur qui va avec (vêtu ce jour-là d’un beau t-shirt Le Coq Sportif, tout aussi communiste que la voiture). La fille du dignitaire, la vingtaine comme nous, décide de se joindre à nous.
Que signifie voyager quand on est dans la voiture d’un officiel communiste ? Primo, on roule vite, au milieu de la route, avec un pin-pon de police et un gyrophare dans le pare-choc pour inviter ceux qui nous précèdent à s’écarter, et s’ils ne veulent pas s’écarter (des droitistes ?), on double quand même -par la droite. Jusqu’ici rien d’extraordinaire pour un chinois. Deuxio, quand on voyage avec un communiste, on ne paye pas, tout est gratuit : le parc, le musée, la guide du musée. Et tout le monde nous fait des courbettes. Tercio, à l’entrée de chaque ville des officiels communistes viennent nous accueillir. On mange trois fois par jour dans de bons restaurants, attablés avec quelques dirigeants locaux, pour la plupart joyeux commensaux, toujours désireux de faire la connaissance des laowai (étrangers) qui deviennent leurs pengyou (amis) et à qui l’on porte quelques toasts de baijiu (alcool de riz, 50-60°, à éviter lors du repas de midi).
De retour à Mengzi, on passe par la résidence de notre bienfaiteur, lui rendre sa fille. Être communiste c’est habiter dans un logement communiste : un luxueux complexe résidentiel mêlant buildings hauts standings, zones vertes, quelques aménagements pour les enfants, le tout fraîchement bâti et formant une sorte de close gates réservée à la seule élite gouvernementale et communiste.
A première vue, le communiste chinois ressemble bien peu au communiste tel qu’on le connaît en Occident. Mes rencontres pékinoises me conforteront dans cette idée.
Photo 1: Réveil Mao trouvé dans un bazar pékinois
Photo 2: Gouvernement de Mengzi (Yunnan)- ensemble administratif imposant, moderne, construit en 4 ans par des Minggong (paysans-ouvriers) payés 2,67€/jour. Fierté de notre chauffeur communiste.
Photo: César Castelain / Amphis d’@illeurs – Licence Creative Commons
Tags: Chine, communisme, contradictions, YunnanAvertissement
Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement les vues ou opinions de l'association Amphis d'@illeurs.



Tweet This
Digg This
Save to delicious
Stumble it
1 commentaire
très agréable à lire ton article, oui plus capitaliste qu’un communiste tu meurs