Listen Up, Mr. President!
Amérique du Nord — par Mathieu Dehlinger le 20 novembre 2009 à 10:30Presque cinquante ans maintenant qu’elle suit les faits et gestes des présidents américains. Si sa démarche n’est plus aussi assurée qu’il y a quelques années, Helen Thomas n’a pas perdu son humour et son franc-parler.
Doyenne des correspondants accrédités à la Maison Blanche, elle fait aujourd’hui figure de « légende » dans le monde du journalisme américain, comme le souligne Frank Sesno, ancien directeur du bureau de Washington DC de CNN et actuel directeur de la School of Media and Public Affairs de la George Washington University (GWU).
Après avoir travaillé pendant 57 ans pour l’agence de presse United Press International (UPI), où elle avait débuté en 1943, Helen Thomas est devenue, en 2000, éditorialiste pour le groupe Hearst, qui possède de nombreux journaux outre-atlantique.
A 89, elle vient tout juste de publier son cinquième livre, intitulé ‘Listen Up, Mr. President’, dont elle fait actuellement la promotion aux Etats-Unis. Elle était, ce lundi, invitée à GWU, l’occasion pour elle de passer en revue sa carrière et les présidents qu’elle a côtoyés durant toutes ces années.
Tout comme Barack Obama, Helen Thomas est né un 4 août. Le président américain s’est joint aux correspondants accrédités à la Maison Blanche pour souhaiter un joyeux anniversaire à la journaliste.
John F. Kennedy, avec qui elle est entrée à la Maison Blanche? « Intelligent, plein d’esprit ».
Lyndon B. Johnson? Un mandat entâché par la guerre du Vietnam mais malgré tout des avancées importantes en matière de politique intérieure, avec notamment la reconnaissance des droits civiques.
Richard Nixon? Sa visite en Chine, qu’elle a été fière de couvrir, marquant la reprise des relations diplomatiques avec le régime communiste. Le Watergate, « un échec tragique ».
Gerald Ford? La possibilité d’envisager la fin du « cauchemar national » engendré par le scandale de l’ère Nixon.
Jimmy Carter? Les accords de Camp David, son prix Nobel de la paix. « Obama l’a aussi remporté, à sa plus grande surprise, à notre plus grande surprise », commente-t-elle, provoquant les rires de l’assistance. « Peut-être qu’un jour il le méritera ».
Ronald Reagan? La fin de la guerre froide, mais peu d’avancées sociales.
George H. W. Bush? La guerre du Golfe.
Bill Clinton? Le scandale Monica Lewinsky.
Helen Thomas n’est pas tendre avec George W. Bush, le pire président qu’elle ait suivi selon ses dires. « Je ne pense pas qu’il ait compris sa fonction », affirme-t-elle, critiquant notamment l’utilisation de la torture ainsi que la détention de prisonniers à Guantanomo. « Il voulait être un président de guerre. Il l’a été ».
Même si elle a voté pour lui l’an dernier, la journaliste n’épargne pas non plus l’actuel locataire de la Maison Blanche, un homme de convictions mais qui manque de courage selon elle.
« Durant sa campagne, Barack Obama marchait sur l’eau », se souvient-elle, expliquant que tous les présidents font face à une période difficile après leur investiture. « Les journalistes sont devenus plus critiques, c’est fait, mais quand vous promettez autant de choses durant une campagne, les gens vous attendent au tournant ».
« Je n’ai pas quitté la race humaine en devenant journaliste », explique-t-elle, interrogée sur ses prises de position. « J’ai essayé d’être aussi juste qu’il était humainement possible ».
Helen Thomas affiche désormais clairement ses opinions dans le cadre de ses nouvelles fonctions au sein du groupe Hearst, un changement important pour la journaliste tenue à une certaine neutralité durant sa carrière à UPI.
« Maintenant je me réveille chaque matin en me demandant qui je vais détester aujourd’hui », glisse-t-elle avec malice.
« Je souhaite que votre conscience vous tourmente », a expliqué Helen Thomas le 1er octobre dernier à Robert Gibbs, porte-parole de l’administration Obama, après une question sur la présence ou non de la « public option» dans la réforme du système de santé.
Elle n’hésite donc plus à commenter la politique présidentielle, affirmant notamment que Barack Obama devrait se retirer d’Afghanistan, alors même que le général McChrystal, responsable des soldats américaines dans le pays, réclame l’envoi de troupes supplémentaires.
« Nous devrions déclarer la victoire et nous en aller (…) et nous concentrer plutôt sur le principal problème domestique: le chômage » explique-t-elle.
Elle s’élève également contre l’attitude des banques, « aidées avec l’argent du contribuable », mais qui à présent « refusent d’accorder des prêts à des PME » sans toutefois renoncer à distribuer des bonus.
Lorsque elle aborde la réforme du système de santé américain — un enjeu de taille pour le président Obama et les démocrates, son discours prend des accents militants, fustigeant les manoeuvres politiques des élus à la Chambre des Représentants ou au Sénat, alors qu’elle-même juge simplement que « tout le monde devrait avoir accès aux soins ».
« Obama doit se battre pour mettre en oeuvre ses promesses », a t-elle fini par déclarer, visiblement déçue des premiers mois du Chef de l’Etat à la Maison Blanche. « Bientôt il se rendra compte qu’il est président ».
Tags: Barack Obama, Etats-Unis, Helen Thomas, journaliste, Maison Blanche, président, WashingtonAvertissement
Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement les vues ou opinions de l'association Amphis d'@illeurs.


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