Des Quays de Manchester aux Docks de Liverpool : petite balade dans le nord-ouest anglais
Europe — par Marion Bobenriether le 14 février 2010 à 22:28Révolution Industrielle, suie, brouillard. Voilà plus ou moins l’image d’Epinal que j’avais de Manchester et Liverpool, au cœur du Nord-Ouest industriel de l’Angleterre : des symboles du glorieux 19e siècle britanniques, qui a donné à ces deux villes leur image de marque, même si leur histoire remonte au Moyen-âge, voire aux Romains pour Manchester (en témoigne le suffixe –chester, indiquant la présence d’un camp romain à cet endroit).
Imaginez un peu : les filatures de coton de Manchester résonnant du bruit des impressionnantes machines (qu’on peut d’ailleurs toujours voir au Musée des Sciences et de l’Industrie de la ville) ; non loin de là, les rotatives tournent à plein régime dans les locaux du Guardian, un des plus grands quotidiens britanniques, fondé ici en 1821. Les trains crachent leur vapeur juste à côté, dans la belle Victoria Station, inaugurée en 1844. Et à Liverpool, les bateaux en provenance du monde entier accostent dans les docks, approvisionnant tout le pays en produits exotiques. Les traces de cet âge d’or industriel sont bien sûr toujours visibles : partout de la brique rouge, de la pierre, des immeubles imposants et richement décorés, beaucoup de cheminées d’usines et de petites ruelles sombres, qui ont d’ailleurs servi de modèle à Dickens pour Les Temps Difficiles. Voilà ce qui fait le charme des deux villes, pour qui s’intéresse un minimum à l’histoire industrielle, bien sûr.
Mais la grandeur est un peu passée et le vernis légèrement craquelé. Les deux sœurs du Nord-Ouest ont eu un 20e siècle un peu difficile. La série noire commence avec trois grands naufrages (le célèbre Titanic en 1912, l’Empress of Ireland en 1914 et le Lusitania en 1915) qui endeuilleront Liverpool (une grande majorité des membres d’équipages morts dans ces catastrophes étaient originaires de la ville). Puis vint la Seconde Guerre Mondiale et ses bombardements dévastateurs : Manchester et Liverpool, villes industrielles donc cibles privilégiées, souffriront particulièrement du Blitz. Le coup de grâce sera porté par le lent déclin industriel de l’après-guerre, lorsque les filatures fermeront les unes après les autres et que le port de Liverpool sera concurrencé par d’autres, plus modernes.
Pour autant, Manchester et Liverpool ne sont pas des villes fantômes. Vous avez dit rénovation urbaine ? Ne cherchez plus, vous y êtes. Les édifices contemporains rivalisent d’originalité et d’élégance (on passera plus rapidement sur les « erreurs » en béton des années 50). Le tout donne une mixture architecturale détonnante où la pierre du 19e se reflète dans le verre du 21e. Des quartiers entiers, comme celui des Quays à Manchester, font peau neuve ; même les cathédrales sortent de terre depuis la fin des années 70 (la cathédrale catholique de Liverpool n’est d’ailleurs pas tout à fait terminée) ! L’effervescence est donc palpable, tant au niveau de la vie culturelle (Liverpool, capitale européenne de la culture en 2008) ) que du renouveau architectural.
Néanmoins, le passé n’est jamais très loin et beaucoup a été fait pour le garder vivant. Ainsi, un des principaux musée de Manchester est dédié à l’insdutrie, qui a fait la réputation de cette ville ; à Liverpool, vous verrez un peu partout une drôle de sculpture, le Super Lamb Banana, qui rappelle le commerce (anciennement) florissant de l’agneau (lamb) et des bananes dans ce port. Dans un tout autre registre, la région souffre encore de la crise industrielle : la productivité et les salaires médians sont inférieurs à la moyenne nationale, et le chômage, lui, y est plus élevé, selon des statistiques officielles.
Mais enfin, n’oubliez pas que Manchester et Liverpool sont aussi (et surtout) des villes symboles, presque des lieux de pélerinages, pour beaucoup d’entre nous. Pour les amateurs de foot d’abord, qui apprécieront sans doute la visite des stades légendaires d’Old Trafford (Manchester United) et Anfield Road (Liverpool Football Club). Pour les amateurs de musique ensuite. Manchester ressemble depuis la fin des années 70 à un jardin d’enfants pour groupes de rock mythiques : Joy Division, New Order, The Smiths, Oasis… faites votre choix, et promenez-vous un peu dans le Northern District, peuplé de disquaires et de vintage shops, pour vous imprégner de l’atmosphère du lieu. Et bien sûr, qui dit Liverpool, dit quatre garçons dans le vent. C’est en effet dans cette ville que vous pourrez laisser libre cours à votre hystérie devant le Cavern Club, la première salle de concert des Beatles.
Alors ? « Révolution Industrielle, suie et brouillard » ? Oui, mais aussi bien plus que ça… alors si vous en avez l’occasion, courez-y !
Photos : Marion Bobenriether et Paul Gasc, pour Amphis d’@illeurs – Licence Creative Commons
Tags: Beatles, docks, football, Liverpool, Manchester, Révolution IndustrielleAvertissement
Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement les vues ou opinions de l'association Amphis d'@illeurs.






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